BIENVENUE DANS NOTRE BEAU PAYS LA CÔTE D’IVOIRE OU GIFLER UNE FEMME, UNE POLICIÈRE EN SERVICE, EST TOUT A FAIT NORMAL !

Bienvenue en Côte d’Ivoire où on ne cessera de vous rappeler que les femmes ont des droits en théorie quand elles sont en réalité exposées à toute sorte de violences physiques et sexuelles dans les foyers, les administrations, les écoles, lycées et universités comme dans les rues.

Bienvenue dans ce pays qui est le Nôtre où les violences faites aux femmes n’ont aucune limite ; qu’importe votre métier, votre grade ou votre fonction ; toutes victimes de la barbarie machiste.

Bienvenue dans un pays comme le Nôtre où l’on ne reconnaît le poids des femmes que pendant les élections vu qu’elles sont les plus grandes électrices mais qu’on n’hésite pas ensuite à leur porter main une fois qu’elles vous ont accordé leurs voix.

Nous sommes dans cet Etat de droit où ceux que nous avons élu et qui ont juré de nous représenter à l’hémicycle, de défendre les droits et intérêts des populations (femmes y compris), sont ceux-là qui perpètrent pour les uns et cautionnent pour les autres, les violences faites aux femmes.

Nous sommes dans cet Etat de droit où les députés trouvent l’ardeur et la motivation pour se réunir afin de protéger un des leurs en brandissant ‘’une immunité parlementaire’’ envers et contre tout quand cet un des leurs s’avère être auteur d’une violation de l’intégrité physique d’une femme quoique pris en flagrant délit. Mais n’ont aucun enthousiasme quand il s’agira de ne serait-ce que proposer une réforme ou reformer l’article 354 du Code Pénal Ivoirien en ce qu’il ne définit aucunement le viol.

Nous sommes dans cet Etat de droit où presque toutes les Conventions et Protocoles internationaux et régionaux en faveur des droits des femmes ont été ratifiés par la Côte d’Ivoire sans qu’il n’existe aucune loi spécifique sur les violences physiques, sexuelles et morales faites aux femmes conformément à la Recommandation générale N°19 (1992) du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes.

Nous sommes dans notre Pays où face à un abus manifeste de pouvoir, la Justice est obligée de tordre la justice, la modelant ainsi à la mesure et au bon vouloir de celui qui prétend légiférer ses lois. Et silence ; tout le monde se tait depuis le sommet jusqu’à la base ou du moins tout le monde doit se taire !!!

Dans ce pays qui est le Nôtre, une policière dont le rôle est de réguler la circulation, s’est vue dans l’exercice de ses fonctions, infliger une puissante gifle très amicale de la part d’un ‘’ honorable’’ député qui a estimé avoir une urgence pour devoir se maintenir dans la longue file d’attente d’une voie profondément embouteillée. C’est sans doute écrit quelque part dans un de nos nombreux textes de Lois que l’agent de police ou le.la sergent.e de police a le devoir voire le pouvoir de déplacer les véhicules plongés dans un immonde embouteillage pour permettre à un député de circuler normalement…

Normal, normal, tout est normal !

Qu’un député porte main à une policière dans l’exercice de ses fonctions ; c’est normal !

Qu’il reçoive dans le même temps, le soutien indéfectible de son parti politique, prêt à faire bloc pour lui faire échapper à la justice ; c’est normal !

Qu’il n’y ait pas assez d’engouement pour revendiquer que justice soit rendue quand il s’agit de violences faites aux femmes ; c’est tout à fait normal !

Aujourd’hui c’est le cas de cette policière qui reçoit une gifle en public qui est mis en lumière. C’est malheureusement tous les jours quelque part dans une maison, une école, un lycée, une université, dans les rues qu’une femme subit une violence ou en est exposée. En attendant l’adoption des lois spécifiques réprimant les violences faites aux femmes dans une mesure significative, dans tous les milieux modestes ou aisés, de nombreuses femmes continuent d’endurer leur martyr dans la honte, la solitude et la culpabilité.

Une société où les femmes ne sont pas protégées contre les sévices qu’elles peuvent subir est une société déséquilibrée, une société boiteuse dont le déséquilibre ne peut favoriser son développement ; il en est un frein ! 

Les femmes de la Côte d’Ivoire réclament justice !

 

Sylvia APATA, Juriste, Experte en droits de l’Homme

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