Droit de cuissage, promotion canapé, notes sexuellement transmissibles : le calvaire des jeunes filles en Côte d’Ivoire

Parler en Côte d’Ivoire du harcèlement sexuel dont une femme sur deux est victime, se plaindre d’avoir été sifflée dans la rue, de recevoir une main aux fesses, une proposition indécente, des remarques déplacées sur son physique, revient dans les entendements, à parler pour ne rien dire. C’est en effet tellement commun qu’on vous répondra : ‘’ Et alors ?! Il n’y a pas mort d’homme ! ’’

Pendant que les mouvements #MeToo aux Etats-Unis et #BalanceTonPorc en France ont eu un grand impact sur la libération de la parole des femmes concernant les violences sexuelles (viol, harcèlement sexuel, sexisme, agressions sexuelles, violences conjugales) en Amérique et en Europe, le continent africain est resté en marge de cette libération quoique ces violences y soient plus présentes que dans les deux autres susmentionnés. Aucun porc n’a été balancé en Côte d’Ivoire bien au contraire, la parole des victimes est restée enfermée, confinée et le silence, promu comme la plus grande vertu qui doit caractériser la femme.

A lire aussi : Violences sexuelles et conjugales : quel regard porter sur la société ivoirienne?,http://femmetoujoursauthentique.e-monsite.com/pages/violences-sexuelles-et-conjugales-faites-aux-femmes-et-aux-filles-quel-regard-porte-sur-la-societe-ivoirienne.html

De la rue au secteur public et privé en passant par les universités, grandes écoles, lycées et collèges jusqu’au cadre familial et amical, le harcèlement sexuel prend diverses formes avec une connotation particulière d’un domaine à un autre.

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La Côte d’Ivoire connait un taux global de 60% de femmes analphabètes comme le souligne l’UNESCO. Le taux de scolarisation des filles a par contre nettement évolué durant ces dernières années. En effet, selon un Rapport dénommé les statistiques scolaires de poche 2017-2018 élaboré par la Direction des stratégies, de la planification et des statistiques du Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle publié en mars 2018, la proportion d’élèves par sexe dans le primaire est de 48% de filles contre 52% de garçons avec un taux d’achèvement des filles de 75.03% contre 80.2% de garçons. S’agissant du 1er et 2nd cycle du secondaire, il faut noter que le Taux de Scolarisation Brut (TSB) des filles est de 61.4% contre 71.5% de garçons avec un taux d’achèvement des filles de 49.2% contre 59.4% de garçons.

Malgré cette nette amélioration du TBS des filles due à la politique du gouvernement ivoirien rendant obligatoire la scolarisation de tous les enfants de 6 à 16 ans (Loi n°2015-635 du 17 septembre 2015 relative à l'enseignement), le taux d’achèvement d’étude de ces dernières comme susmentionné reste quelque peu inquiétant. Laquelle inquiétude trouve son motif dans le nombre alarmant de cas de grossesses en milieu scolaire estimé à 4 147 chez les jeunes filles de moins de 17 ans (Ministère ivoirien de l’éducation nationale, Direction des stratégies, de la Planification et des statistiques). Première cause de déscolarisation des jeunes filles en zone rurale comme urbaine, les grossesses en milieu scolaire se font de plus en plus au fil des années.

Pourquoi dénombre-t-on tant de cas de grossesses chez ces jeunes filles mineures au regard de la Loi Ivoirienne ?

Le harcèlement sexuel, au cœur de l'exercice du pouvoir, en Afrique, et partout…!

Dans un climat où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté avec un taux d’analphabétisme générale avoisinant 50%, les parents préfèrent plutôt scolariser les garçons au détriment des filles parce que convaincus que le garçon en tant que futur chef de famille aura plus de responsabilités dans la société et au sein de la famille que les filles, destinées au mariage. Quoique la Loi n°2015-635 du 17 septembre 2015 relative à l'enseignement fasse obligation aux parents de scolariser leurs enfants des deux sexes âgés de 6 à 16 ans sous peine d’emprisonnement, plusieurs s’entêtent à ne pas scolariser ou à déscolariser leurs filles soit pour être donnée en mariage parce que promise, soit à la survenance de grossesse.

Il y a par contre ces parents-là qui ont compris la nécessité de scolariser leurs enfants des deux sexes. Ces derniers travaillent alors de dur labeur, sacrifiant parfois toute leur économie au profit de la scolarisation de leurs filles.

Une fois scolarisée, la jeune fille est confrontée à des réalités qu’elle était très loin d’imaginer…

En tant que transmetteur de connaissances, l’enseignant ou le professeur est symboliquement perçu comme un ‘’parent par procuration’’ exerçant l’autorité d’éducation non pas au nom de la famille mais au nom de la société dans son ensemble. Jouissant donc de plusieurs prérogatives dans l’accomplissement de ce devoir de transmission de connaissances, nombreux sont-ils à user de leur prérogatives pour assouvir un désir abject. L’on procède alors par les intimidations à l’endroit des jeunes filles. Ces intimidations aussi communes que banalisées par les élèves, étudiants et enseignants sont décrites par une gamme d’expressions utilisées par ceux-ci variant d’un pays à l’autre : La menace du stylo rouge” (Mali) : menace de mauvaises notes si les filles ne cèdent pas aux avances sexuelles de leurs enseignants ; Moyennes Sexuellement Transmissible” (Gabon, Cameroun et dans les pays de la sous-région Ouest-africaine) : expression inspirée par les maladies sexuellement transmissibles ; Droit de cuissage” (Côte d’Ivoire) : droit (des enseignants) de déflorer les filles s’apparentant parfois à du Bush stipend ou Chalk allowance : faveurs sexuelles accordées par les filles aux enseignants en échange de bonnes moyennes ; BF, Bordelle Fatigue” (Togo) : *BF est une marque de savon dans les pays ouest-africains. L’expression se réfère à une fille fatiguée par ses nombreuses relations sexuelles avec des enseignants ; ‘’Papa gâteau’’ : homme plus âgé et riche qui offre des cadeaux et paie les frais de scolarité ainsi que les fournitures des jeunes filles contre des faveurs sexuelles. Il est à noter que ce type de relations demeure très répandu dans la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne notamment en Côte d’Ivoire.

                            Harcelement sexuel

Le harcèlement sexuel dont sont victimes les jeunes filles en milieu scolaire et universitaire affecte énormément leur rendement entrainant une performance scolaire médiocre, une fréquentation irrégulière, l'abandon des études, l'absentéisme aux cours et une faible estime de soi, en plus de conduire en cas de rapports sexuels, à des grossesses, l’une des principales causes de leur déscolarisation. Ce type de harcèlement se manifeste dans ces milieux par des regards, des insinuations, des propositions de rencontre, des familiarités indésirables voire des agressions sexuelles.

 Cela a commencé par des regards insistants, des sourires, puis des mots susurrés à l’oreille. Marie (le prénom a été changé) s’est laissée faire, innocemment. «J’étais jeune, 17 ans, et puis… c’était mon professeur, glisse-t-elle. J’avais envie d’apprendre et l’histoire-géo me passionnait.» Un jour, il lui a proposé de la raccompagner chez elle après les cours, dans le quartier de Pikine, en banlieue de Dakar. Dans la voiture, il essaie de la toucher, de l’embrasser. «J’avais peur. Il était costaud et le soir tombait. Si j’avais crié, personne ne m’aurait entendue.» Elle parvient à le repousser, à sortir du véhicule. Puis ce fut l’enfer.

Il me harcelait quotidiennement, me disant qu’il m’aimait, me retenant après les classes », confie-t-elle, la tête droite mais les yeux rivés dans les bosquets. Malgré son travail et ses bons résultats au premier trimestre, il lui donne des notes de plus en plus mauvaises, « par vengeance », admettra-t-il plus tard. « Même le principal m’a interpellée, intrigué par la chute de ma moyenne. Mais je n’ai rien dit. » A ses parents non plus elle ne fournit pas de raison. Six mois durant, elle craint d’aller à l’école, frôle le décrochage scolaire. « Même le week-end, quand je prenais des cours de renforcement dans d’autres matières, je le trouvais au lycée. Cela me déstabilisait profondément.  Témoignage d’une victime du harcèlement sexuel au Sénégal, tiré d’une étude de Human Rights Watch (2018) révèlant de graves abus d’enseignants qui exigent de leurs élèves des faveurs contre de l’argent ou des bonnes notes.  https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/10/19/harcelement-sexuel-au-senegal-mon-professeur-me-retenait-apres-les-cours_5371779_3212.html 

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF), ce sont au total 207600 élèves qui sont victimes d'agressions sexuelles de la part des enseignants (Etude sur le bien-être et la sécurité des élèves dans les écoles de Côte d'Ivoire, 2016). Plus d'une élève sur dix (11,7%) a été victime d'attouchements forcés, soit 320.000 élèves victimes. Près d'une élève sur cinq (18%) a été victime de viol, soit près de 470.000 élèves victimes.

Celles qui ont l’audace de refuser les avances de leurs enseignants de sexe masculin dans la majorité des cas, paient les frais en se voyant attribuer des sales notes et moyennes sans que la jeune fille ait des moyens de contester ou se plaindre. En effet, lorsque le harcèlement est pratiqué par un adulte dépositaire d’une autorité, le traumatisme est beaucoup plus considérable. La victime est le plus souvent terrorisée par la gravité de l’événement et l’effroi qu’il génère, garde le silence et s’interdit d’en parler par peur de briser un tabou ou encore de se voir être tenue pour responsable. Quelques-unes d’entre elles parviennent à braver cela en le signalant au personnel administratif soit aux éducateurs/éducatrices, soit aux conseiller.e.s d’orientation qui jouent par moment le rôle de psychologue. L’enseignant est toute de suite recadré même si dans certains cas, ce dernier continue à poursuivre son acte sur sa victime. Mais le problème de la dénonciation du harcèlement sexuel est encore plus grave dans le milieu universitaire notamment les Universités publiques où les étudiantes sont livrées à elles-mêmes trouvant difficilement une oreille attentive chez le personnel administratif. Plusieurs étudiantes qui doivent présenter des mémoires de fin de cycle ou des thèses subissent le chantage sexuel de leur directeur de mémoire ou de thèse. N’ayant généralement aucun recours pour faire cesser le harcèlement sexuel dont elles sont victimes, celles-ci se voient obligées d’accepter les avances de leur harceleur sous peine de ne jamais soutenir pour avoir leur diplôme.

Voilà là, l’une des premières réalités auxquelles sont confrontées les jeunes femmes étudiantes en Côte d’Ivoire !

Vous dénoncez cette violation que vous subissez, vous êtes incriminée pour votre tenue que l’on jugera non correcte ou pour un maquillage trop poussé. Vous êtes alors responsable du harcèlement que vous subissez et votre harceleur, parce que professeur et du fait de la notoriété dont il jouit dans le milieu académique, est blanchit et déculpabilisé. Vous êtes donc toute seule à vivre ce calvaire avec parfois des parents dans l’impossibilité d’intervenir parce que démunis pour la plupart et/ou incapables de faire face au rapport de force qu’utilise ce dernier.

Une fois ce périple passé, les études scolaires et universitaires achevées pour celles qui n’ont pas abandonné les bancs, vous vous retrouvez sur le marché du travail, lieu où vous devez vendre vos acquis en termes de connaissances, trouvez un emploi pour être autonomes, se transforme en véritable supplice.

Le droit de cuissage est-il une compétence donnant accès à l’emploi aux femmes et jeunes filles en Côte d’Ivoire ?

Si en règle générale pour être embauché.e dans toute entreprise il faut avoir de la qualification, être diplômé.e et/ou avoir une expérience professionnelle, ladite généralité se transforme bien souvent en exception en fonction du sexe auquel vous appartenez.

Que vous ayez un brillantissime parcours universitaire en tant jeune diplômée toute fraîchement sortie des bancs ou que vous ayez en plus une expérience professionnelle ne suffisent malheureusement pas pour être embauchée. A l’embauche, être homme ou femme fait en effet toute la différence.

Les critères et conditions d’embauche à un emploi toujours clairement définis, il en existe une dont on n’a pas le courage de laisser transparaître explicitement mais auquel est soumise la majorité des femmes et jeunes filles en quête d’emploi ; Être employeur en Côte d’Ivoire peut en effet s’avérer plus qu’un privilège, un véritable filon ! Sauf qu’ici, cet enrichissement dans le but d’améliorer son existence est ce que nous qualifierons plutôt de moyen de satisfaction abject de la libido. Vu que j’ai un privilège, celui d’être employeur, je dispose du ‘’droit de te sauter’’ communément appelé ‘’droit de cuissage’’. Alors comme je suis une demandeuse d’emploi, ma compétence s’évaluera, outre mes atouts intellectuels, par ma docilité à satisfaire les caprices sexuels de l’employeur. Ainsi, de cette docilité voire contrainte à laquelle je suis soumise, découlera ce que nous nommons : la compétence sexuelle.

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Si par chance je n’y ai pas été soumise à l’embauche, je le suis durant ma période d’exercice. Ah ! Qu’il a bien été malin celui-ci de m’embaucher d’abord sur la base de mes aptitudes intellectuelles pour ensuite menacer de me licencier si je refusais de me soumettre à ses désirs ! Moi qui pourtant était si fière et heureuse d’avoir eu du boulot, si contente de pouvoir boucler mes fins du mois et assurer quotidiennement ma pitance et mes charges, si heureuse de rendre fière mes parents qui se sont donnés tant de mal pour me scolariser afin que ‘’je devienne quelqu’un’’ comme on dit chez nous dans le langage familier ; me voilà astreinte à devoir faire un choix qui en réalité n’en est pas un.

Devoir choisir entre ne plus pouvoir assurer ma pitance et mes charges quotidiennes donc retomber dans une situation de précarité ou satisfaire une libido infâme d’un quelconque employeur et me retrouver par la suite emprisonnée et anéantie au plus profond de mon être. 

Il y a dans ce droit de cuissage, un rapport de force !!!

D’autant diront, ‘’on ne vous force à rien, vous pouvez refuser.’’ Oui ! Cette célèbre phrase prendra en effet tout son sens dans un climat où trouver un emploi n’est pas problématique, dans un climat où le taux de chômage ne dépasse pas plus de 10%. Mais dans les climats comme les nôtres où le taux global de chômage est au-dessus de 70% comme l’a confirmé la Banque Africaine de Développement (BAD) dans son dernier rapport sur la situation économique de la Côte d’Ivoire publié en février 2018, dans ce climat caractérisé par la rareté de l’embauche et la précarité de l’emploi, dans ce climat où le taux de chômage des femmes comprenant également les sans-emplois est le plus élevé (environ 60%) du taux global de chômage ; il n’y a seulement qu’un instinct de survie à défendre.

Malgré cette situation difficile, je décide de recourir à la justice soit pour dénoncer le harcèlement sexuel dont j’ai été victime à l’embauche ce qui m’a value de ne pas être embauchée pour avoir refusé de me plier à des désirs infâmes, soit pour dénoncer le harcèlement sexuel de mon employeur que je subis étant en fonction.

 Je remplissais pourtant les conditions et critères d’embauche, il m’a demandé des faveurs sexuelles en échange, j’ai refusé, ma candidature est rejetée. Etant donné que la charge de la preuve revient à celle ou celui qui allègue au regard de la Loi, comment aurais-je pu imaginer que j’aurais été soumise à une telle condition afin de m’apprêter en conséquence et réunir les preuves de telles propositions restées toujours verbales et discrètes ? Même munie d’une preuve de ce préjudice subit, comment prouver le lien de causalité entre mon refus de satisfaction et le rejet de ma candidature à l’emploi quand l’employeur allèguera plutôt de ma non-qualification pour le poste à pourvoir ?

Je suis embauchée mais harcelée par un patron qui menace de me licencier si je venais à refuser ses avances. J’ai réussi à réunir quelques preuves de ce harcèlement subis mais je suis intimidée par ce dernier. Psychologiquement, je me bats chaque jour pour maintenir le cap quoique j’ai des troubles de sommeil, un manque de concentration donc baisse de rendement au niveau du travail et un manque confiance en moi. Saisir la justice pour un procès dont je ne suis guère certaine de remporter au regard de la notoriété dont jouit la personne de mon employeur, des moyens financiers dont il dispose pour assurer sa défense ou encore saisir la justice et devoir patienter jusqu’à parfois deux années au moins avant qu’une décision ne soit prononcée ; autant d’obstacles auxquelles les femmes victimes de harcèlement sexuel dans le milieu professionnel sont confrontées. 

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Telle est là, l’autre réalité à laquelle font face la majorité des femmes et jeunes filles en Côte d’Ivoire. Réalité très bien relatée par Laure MEL, Journaliste ivoiro-française ayant réalisé une enquête en 2017 dénommé : Les Hauts Parleurs ; une enquête sur le harcèlement sexuel à Abidjan et sur sa banalisation où les femmes et jeunes filles ivoiriennes racontent à visage découvert, le harcèlement sexuel qu’elles subissent dans le milieu scolaire, universitaire, professionnelle et dans les rues…https://afrique.tv5monde.com/videos/magazines/les-haut-parleurs/season/episode-192 

Défini dans le milieu professionnel comme toute conduite non souhaitée, de nature sexuelle, qui dans la perception raisonnable de la personne importunée interfère avec le travail, conditionne l’emploi ou crée un environnement de travail intimidant, hostile ou offensant ; le harcèlement sexuel est particulièrement grave lorsqu’un tel comportement est le fait d’un fonctionnaire ou supérieur hiérarchique, homme ou femme, qui est dans une position susceptible d’influencer la carrière ou les conditions d’emploi (y compris le recrutement, l’affectation, le renouvellement de contrat, l’évaluation du travail ou la promotion) de la personne qui subit ce comportement ... Il est essentiel d’insister sur le fait que le harcèlement sexuel se réfère à une conduite qui n’est pas souhaitée ou qui importune, non partagée et imposée à la personne qui la subit. C’est l’élément clé qui distingue le harcèlement sexuel de la relation amicale, du flirt ou d’autres relations qui sont librement et mutuellement partagées. (Bureau International du Travail, « Importun, injurieux et, de plus en plus, illégal : le harcèlement sexuel au travail », N°19).

La Constitution Ivoirienne de 2016 consacre en son article 14, l’accès aux emplois publics ou privés pour tous en fonction des qualités et compétence et interdit toute discrimination fondée sur le sexe, l’ethnie ou les opinions politiques, religieuses ou philosophiques.

Au terme des articles 4 et 5 de la Loi ivoirienne n° 2015-532 du 20 juillet 2015 portant Code du travail, constituent un harcèlement sexuel les comportements abusifs, les menaces, les attaques, les paroles, les intimidations, les écrits, les attitudes, les agissements répétés à l'encontre d'un salarié, ayant une connotation sexuelle dont le but est d'obtenir des faveurs de nature sexuelle à son profil ou au profit d'un tiers. Quoiqu’il soit clairement stipulé à l’alinéa 5 de l’article 5 dudit Code que : « le harcèlement sexuel se prouve par tous moyens », la difficulté demeure toujours dans la fourniture de la preuve surtout lorsque l’employeur ou le supérieur hiérarchique a pris le soin de n’envoyer aucun texto et que cela est resté au stade de propositions verbales prononcées entre quatre murs.

 Ces cas de harcèlement sexuel dans le recrutement ne concernent malheureusement pas que la Côte d’Ivoire mais l’ensemble des pays de l’Afrique subsaharienne notamment la Somalie où un groupe de femmes journalistes a réalisé une étude sur les abus présumés contre des collègues (femmes) sur les lieux de travail dans le pays. "Certaines dames nous ont parlé des défis auxquels elles sont confrontées lorsqu'elles postulent pour un emploi. Par exemple, comment on leur demande des faveurs sexuelles et celles qui acceptent sont prioritaires dans les recrutements et sont bien accueillies" explique Farhia Mohamed Kheyre, la chercheuse principale de cette étude. Le sort de celles qui refusent de se soumettre à ce droit de cuissage est très peu enviable. «Elles voient leurs candidatures rejetées et doivent attendre beaucoup plus longtemps pour trouver un emploi. Dans ce schéma, nombreuses sont celles qui sont gagnées par le découragement»https://apr-news.fr/fr/actualites/somalie-les-femmes-harcelees-dans-les-medias 

Bien qu’en Côte d’Ivoire le harcèlement sexuel soit défini par le code du travail et réprimé par le code pénal (l’article 355 du Code Pénal prévoit un emprisonnement d’un à trois ans et une amende de 360.000 à 1.000.000 de francs pour quiconque commet un acte d’harcèlement sexuel.), il demeure très difficile pour la victime de saisir la justice et de parvenir à en fournir les preuves. Il y a par ailleurs une procédure très efficace mais peu connue qui est la dénonciation à l’Inspection du Travail pouvant se faire par courrier ou appel téléphonique ou par présence physique (Direction Nationale de l’Inspection du Travail : Plateau, Tour A, 11ème étage, BP V 99 Abidjan – Côte d’Ivoire, +225 20.21.08.87 / 20.22.25.96 / 20.21.12.47).

Il faut par conséquent sensibiliser l’opinion sur ce mode de saisine afin qu’il soit connu de toutes et y recourir en cas de besoin. Quoique la difficulté de la preuve demeure encore.

S’agissant du milieu scolaire et universitaire, il n’y a jusqu’ici aucune Loi spécifique le prévoyant ainsi que des structures étatiques chargées de statuer en cas de dénonciation. Il est primordiale de s’y pencher afin que les enseignants qui se rendent coupables de tels violations aient des avertissements, blâmes, suspensions voire radiations des effectifs. L’application de telles sanctions permettra de réduire considérablement le taux d’élèves et étudiantes victimes de harcèlement sexuel des enseignants.

Avec une population de 22,6 millions d’habitants, dont 51,7% d’hommes et 48,3% de femmes, la Côte d’Ivoire est un pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Elle est cependant classée dans la catégorie des pays à faible niveau de développement humain avec un indice estimé à 0,474 en 2015 (171ème rang sur 188), niveau qui recule de 38% si on l’on tient compte des inégalités. Le faible niveau de l’Indice de Développement Humain (IDH) de la Côte d’Ivoire et les fortes inégalités qu’elle connaît traduisent la nécessité de continuer d’investir dans les services sociaux de base (éducation, santé) et de créer des opportunités économiques pour tous. (Egalité des sexes en Côte d’Ivoire, rôle du PNUD 2010-2017). Des efforts de la part du gouvernement ivoirien pour la lutte contre le harcèlement sexuel en milieu scolaire sont par ailleurs à saluer même si beaucoup reste encore à faire.

                            Metoo

 

    Retenons qu’un pays ne peut atteindre son développement si les maux de la moitié de sa population constituée de femmes ne sont pas pris en compte par les politiques. Le harcèlement sexuel est l’une des plaies qui empêchent les femmes ivoiriennes de jouir pleinement de leur droit et de donner le meilleur d’elles. L’émergence de ce pays tant espérée passera d’abord et avant tout par la prise de mesures concrètes visant à protéger les populations les plus vulnérables de notre société que sont les femmes, les enfants et les personnes en situation de handicap.

Abidjan le 27/10/2018

Sylvia APATA, Juriste, Activiste des Droits de l'Homme, Spécialiste des droits des femmes en Afrique

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Références bibliographiques :

Constitution ivoirienne de 2016.

Loi ivoirienne n°2015-532 du 20 juillet 2015 portant Code du travail.

Bureau International du Travail, « Importun, injurieux et, de plus en plus, illégal : le harcèlement sexuel au travail », N°19, mars 1997, 36 p.

Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes BFEG, Département fédéral de l'intérieur DFI : Harcèlement sexuel sur le lieu de travail, Berne, 2008, 1p.

Gouvernement de la Côte d’Ivoire, UNICEF, Pôle de Dakar de IIPE – UNESCO : Rapport d’état du système éducatif national de la Côte d’Ivoire, Pour une politique éducative plus inclusive et plus efficace, Dakar, 2016, 312p.

Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle, Direction des Stratégies, de la Planification et des Statistiques : Statistiques Scolaires de Poche 2017-2018, Abidjan, 2018, 115p.

Ministère du genre, de la famille et de l’enfant : Enquête qualitatives sur les violences basées sur le genre dans les zones hors en conflits en RDC, Kinshasa, 2012, 91 p.

Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) : Egalité des sexes en Côte d’Ivoire, rôle du PNUD 2010-2017, 2017, pp 17-19.

Plan France : Les violences de genre en milieu scolaire, obstacles au droit des filles et des garçons à l’éducation, Paris, 2014, 72P.

Emmanuelle LATOUR, Nicole DECURE, Les Femmes à l’Université : Rapports de pouvoir et discriminations, Table ronde, Journée ANEF, EFIGIES, Paris, 2007, 164 p.

Webographie :

https://www.contrepoints.org/2016/04/06/245720-discrimination-des-femmes-en-cote-divoire

https://www.20minutes.fr/economie/2233735-20180308-moitie-femmes-prive-disent-victimes-discrimination

https://www.mediaterre.org/actu,20180330064614,1.html

http://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2018/05/30/globally-countries-lose-160-trillion-in-wealth-due-to-earnings-gaps-between-women-and-men?cid=ECR_TT_worldbank_FR_EXT

https://afrique.tv5monde.com/videos/magazines/les-haut-parleurs/season/episode-192

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